C'est dans cette dynamique que s'inscrit la politique des agropoles.
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Dans leur conception, les agropoles ambitionnent de rapprocher, sur un même territoire, plusieurs maillons essentiels de l'économie agricole : la production, le stockage, la transformation, la commercialisation, les infrastructures et l'investissement. L'idée est de sortir progressivement d'une agriculture essentiellement tournée vers la production primaire pour construire des chaînes de valeur plus intégrées et créatrices de richesses.
L'ambition mérite d'être reconnue.
L'agriculture togolaise reste confrontée à des défis importants : difficultés d'accès aux marchés, faiblesse de la transformation locale, pertes post-récolte, insuffisance de certaines infrastructures, accès limité au financement et faible capacité de nombreux producteurs à tirer pleinement profit de la valeur créée par leur travail.
Dans ce contexte, organiser davantage les territoires agricoles et créer des liens entre production, transformation et marchés apparaît comme une nécessité.
Mais toute ambition de transformation mérite également d'être interrogée.
Car produire davantage ne signifie pas automatiquement développer davantage.
Construire des infrastructures ne garantit pas, à lui seul, l'amélioration durable des conditions de vie des populations. Attirer des investisseurs ne signifie pas automatiquement renforcer les économies locales. Augmenter les volumes produits ne garantit pas que les producteurs qui travaillent la terre bénéficient équitablement de la richesse créée.
C'est ici que, selon moi, commence la véritable réflexion sur les agropoles.
La question n'est pas de savoir s'il faut être pour ou contre les agropoles. Une telle opposition serait probablement trop simple face à un enjeu aussi complexe. La question est plutôt de savoir quel type de transformation nous voulons réellement produire à travers eux.
Souhaitons-nous simplement une agriculture plus productive ?
Ou voulons-nous également des producteurs plus autonomes, des organisations professionnelles plus fortes, des femmes davantage actrices de l'économie, des jeunes capables de créer leurs entreprises et des territoires ruraux qui tirent réellement profit de leur potentiel agricole ?
Car le développement ne se résume pas à ce qui est produit.
Il se mesure aussi à ce qui change dans la vie des populations.
Un territoire peut produire davantage tout en laissant une grande partie de ses producteurs dans une situation économique fragile. Il peut accueillir de nouvelles entreprises sans que celles-ci ne créent suffisamment de liens avec l'économie locale. Il peut développer ses exportations sans que la valeur ajoutée ne reste véritablement dans le territoire.
C'est pourquoi les agropoles devraient progressivement être évalués autrement.
Au-delà du nombre d'hectares aménagés ou des infrastructures réalisées, il serait intéressant de se demander : les revenus des producteurs évoluent-ils réellement ? Les jeunes trouvent-ils de nouvelles opportunités économiques ? Les femmes accèdent-elles davantage aux ressources productives ? De nouvelles entreprises locales émergent-elles ? La transformation des produits se développe-t-elle réellement au plus près des territoires ?
Ces questions ne remettent pas en cause l'ambition des agropoles.
Au contraire.
Elles invitent à en renforcer la portée.
Car si les agropoles doivent contribuer à la transformation de l'agriculture togolaise, leur véritable réussite ne pourra pas seulement se mesurer en tonnes produites ou en investissements mobilisés.
Elle devra aussi se mesurer à la capacité des territoires à devenir plus dynamiques, plus inclusifs et plus résilients.
C'est peut-être là que se situe le défi le plus important.
Produire plus est nécessaire. Mais développer qui ?
Les producteurs ? Les entreprises locales ? Les jeunes ? Les femmes ? Les territoires ? Ou simplement les chaînes économiques les plus capables de capter la valeur créée ?
La question mérite d'être posée.
Non pas pour rejeter les agropoles, mais pour rappeler qu'une politique agricole ambitieuse doit également être une politique de développement humain et territorial.
Dans les prochains regards, il sera justement question de la place des exploitations familiales dans cette transformation, puis des conditions nécessaires pour faire des agropoles de véritables territoires de développement.
Car au fond, l'enjeu n'est peut-être pas seulement de produire davantage. Il est de savoir comment la richesse produite peut devenir une prospérité réellement partagée.