Chaque année, des projets et programmes de développement mobilisent d’importantes ressources pour améliorer les conditions de vie des populations, renforcer les organisations, promouvoir des innovations et transformer les pratiques.
Pourtant, une question demeure : que deviennent ces acquis lorsque le projet prend fin ?
Dans de nombreux contextes, les résultats obtenus pendant la période de financement s’essoufflent progressivement. Des organisations deviennent inactives, des équipements ne sont plus entretenus, des pratiques sont abandonnées et des mécanismes de concertation disparaissent. Le projet a parfois atteint ses objectifs, mais ses acquis ne lui survivent pas.
C’est là tout le paradoxe : un projet peut être une réussite pendant sa durée sans parvenir à inscrire ses résultats dans le temps.
La fin du projet ne devrait pas être la fin des acquis
Un projet est temporaire. Les communautés, les organisations et les territoires, eux, continuent d’exister.
La pérennisation devrait donc être pensée non comme une simple « stratégie de sortie », mais comme un processus permettant aux acquis de continuer à produire des bénéfices après le retrait du projet.
Cela suppose notamment :
- une véritable appropriation par les acteurs locaux ;
- des compétences permettant de poursuivre les pratiques ;
- des organisations capables d’en assurer le portage ;
- une institutionnalisation dans les systèmes existants ;
- des mécanismes de financement adaptés ;
- un ancrage social, économique et territorial ;
- une capacité à s’adapter aux changements de contexte.
Ainsi, un acquis ne devient durable que lorsqu’il peut fonctionner avec une dépendance décroissante à l’égard du projet qui l’a créé ou accompagné.
De l’acquis à l’habitude
Il existe une différence entre avoir introduit une innovation et avoir changé durablement une pratique.
Une formation ne garantit pas l’utilisation des compétences acquises. Une organisation créée par un projet ne garantit pas sa pérennité. Une technique agricole adoptée pendant trois ans ne devient pas nécessairement une pratique durable.
Il faut donc accompagner un véritable processus :
Acquis → Appropriation → Adoption → Pratique régulière → Ancrage → Autonomie → Pérennité.
La pérennité n’est d’ailleurs pas synonyme d’immobilisme. Une pratique durable doit pouvoir s’adapter, évoluer et continuer à répondre aux besoins du contexte.
Et si la pérennité devenait un résultat à mesurer ?
Les projets disposent généralement d’indicateurs pour mesurer leurs activités, leurs résultats et leurs effets. Mais une question reste souvent insuffisamment documentée :
Les conditions sont-elles réunies pour que les acquis continuent à produire des bénéfices après la fin du projet ?
Cette question devrait être posée dès la conception de l’intervention et suivie tout au long de son cycle de vie.
Il ne s’agit donc plus seulement de préparer la sortie du projet, mais de préparer la vie post-projet de ses acquis.
Vers une ingénierie de la pérennisation
La pérennisation mérite ainsi d’être considérée comme un véritable champ d’intervention : identifier les acquis essentiels, analyser les facteurs de fragilité, renforcer les porteurs locaux, organiser le transfert des responsabilités, consolider les mécanismes de financement, mesurer la durabilité et accompagner la transition.
Car finalement, la réussite d’un projet ne devrait pas seulement se mesurer à ce qu’il accomplit pendant sa durée, mais aussi à ce qui continue à fonctionner lorsqu’il n’est plus là.
Un bon projet ne devrait pas chercher à être indispensable. Il devrait créer les conditions de sa propre disparition.
C’est cette conviction qui fonde la démarche de PERENNISA :